Au lieu du transfert

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Ce texte à été présenté le 19 janvier 2021 lors de la première séance de la troisième année du groupe  Place Analytique, troisième année dont le thème est « Situation du transfert dans la psychanalyse et son actualité ». Lors de la même séance de travail Carlos Guevara aura posé comme sujet de son intervention « Considérations préliminaires pour aborder la question du transfert et son actualité ».

AU LIEU DU TRANSFERT

Un haïku du 9ème siècle

Mon actualité du transfert nous ramène au 9ème siècle, au Japon, lorsque Ariwarano Narihira, 825-879, composa un haïku en l’honneur d’un ministre de son temps. L’exégèse qui en est faite dans le livre où il est présenté (1) dit que si, de façon tout à fait conventionnelle, il est introduit par un mot de bonne augure les assistants ont dû se pétrifier d’horreur en entendant ceux qui suivirent… avant que sa ponctuation ne donne son sens à l’ensemble.

Ô fleurs de cerisier ! Tombez en obscures nuées

Au point que la vieillesse en perde son chemin.

Bien entendu, le poète japonais aura joué là sa vie puisqu’il aurait pu être interrompu et voué aux gémonies séance tenante, du fait de la noirceur des termes utilisés, sans que l’orientation de son adresse puisse alors jamais être reçue.

Il nous indique une voie que nous connaissons bien, me semble-t il, celle de se soumettre à l’aléatoire, celui du possible de la suspension, aléatoire courant jusqu’au terme de nos phrases et du procès qui s’y déroule, lequel livrera l’engagement du sujet qui s’y profile, d’y faire face. Et peut-être même bonne figure.

En effet, ce terme, s’il est atteint, permettra le rebours, donnant au sujet la possibilité de jouer sa note tout du long du propos qu’il aura et l’aura soutenu, risque inouï de la note tenue possiblement terme à terme.

Or il se trouve que dans le champ de ce que Serge Leclaire appelait l’art de la psychanalyse (2) la menée à terme du discours nécessite précisément le maniement de la la coupure du propos.

Paris, 21ème siècle, le transfert et son actualité :

Parler de l’actualité du transfert c’est mettre sur la table le fait que cette actualité n’est une évidence qu’au sens de n’en être pas une, ce, du simple fait de devoir être rappelée.

Le thème du transfert s’impose en tant qu’il se discute et il se discute en tant qu’il est ouvert. C’est donc une pierre angulaire au caractère fuyant, labile, inconfortable, qui peut amener ceux qui s’y penchent à trouver réconfort dans leur travail en s’accrochant à la rampe des certitudes évidentes, y compris bien entendu au niveau des questionnements convenus.

Fuite et arrêt singuliers liés autant à ce que le transfert représente donc, qu’à la dite actualité dans laquelle il vient s’inscrire. Pour ma part je formulerai la chose ainsi, aujourd’hui pas plus mais pas moins que quand que ce soit, si il s’agit d’évoquer l’actualité au sujet du transfert c’est celle de son actualité dans l’actualité.

Le « Pas plus » vient ici s’inscrire en référence au caractère paroxystique de ce que nous vivons depuis une année. Quant au « pas moins » il induit que si d’autres époques peuvent sembler avoir eu une livrée moins marquée en terme d’intensité, elles n’en ont pas moins eu elles aussi leur actualité. Successions d’époques pour successions d’actualités qui, pour séquencées qu’elles apparaissent, constituent néanmoins une constance.

Pour le coup, ce dernier point est à repérer, moins en tant que simple continuum – la perpétuation des actualités – que celle qui permet à Marie Moscovici, dans son livre « L’ombre de l’objet » (3) de développer ses vues à propos de ce qu’elle nomme alors l’inactualité de la psychanalyse.

Voici un extrait qui en ouverture de son recueil donne le ton de son propos :

Il est donc globalement de bon ton, dans les cercles où l’on pense, en y incluant une bonne partie des milieux psychanalytiques, de considérer, avec ou sans affliction, que la psychanalyse, tout spécialement dans sa modalité freudienne est sur son déclin (…). Devant ce déclin si volontiers et péjorativement souligné dans la plupart des cas, des fractions de la profession sont portées à adopter des mesures délibérément ou spontanément opportunistes : « corrections » de la doctrine fondamentale, adaptations facilitantes de la technique, simplifications « communicationnelles » des écrits, négociations renonciatrices avec d’autres disciplines de pensée – tous exercices d’assouplissement de l’échine, à ne pas confondre avec les doutes et les avancées internes à la psychanalyse elle-même. Je serais plutôt tentée quant à moi d’adopter, pour la psychanalyse, ce qualificatif « d’inactuel », à condition de laisser au mot le sens que lui donnait Nietzsche, celui qui implique que cette pensée et les phénomènes dont elle s’occupe n’ont rien à voir avec quelque « actualité » que ce soit. Et peut-être la théorie de l’inconscient – lieu et objet de l’inactuel s’il en fut – mérite-t-elle plus foncièrement que toute autre d’être ainsi définie.

Ainsi, pour y revenir peut on dire que l’actualité de l’actualité c’est précisément l’inactualité dans l’acception où l’avance Marie Moscovici.

De là, s’agissant pour nous d’aborder pour l’année à venir la psychanalyse au prisme du transfert et de considérer ce dernier comme je viens de le faire au regard de l’actualité en tant que régie par l’inactualité qui fait son ressort – une inactualité nécessaire, de qui ne cesse pas, pérenne donc – il me semble que nous aurions grand intérêt dans nos efforts à venir à distinguer une autre forme de constance qui se manifeste à travers ces deux pointes, dissociables, dissociées mais pourtant unies, que sont le transfert dans le cadre du procès d’une analyse de celui qui s’établit – souvent d’establishment – dans le groupe analytique.

Les distinguer pour analyse de ce qui se joue entre l’un et l’autre de l’un à l’autre.

Partant je vais alors maintenant évoquer extrêmement brièvement, par quelques touches choisies, non exhaustives donc, le transfert dans le cadre d’une analyse tel qu’il peut nous être redistribué par les analystes et ensuite le transfert tel qu’il s’établit au niveau des analystes entre eux.

Le transfert en analyse :

Quelques touches choisies donc, à partir du travail de différents psychanalystes, en guise d’introduction à notre perspective de cette année, celle de mettre en avant ce que nous pourrions appeler le questionnement pluriel que le thème du transfert induit pour chacun d’entre nous chaque fois qu’il s’agit sinon de le définir du moins de s’y référer comme rampe de nos interrogations.

Ainsi, à la volée:

– A propos du Sujet Supposé Savoir paraissant désormais aller de soi, ces deux assertions, plus ou moins étayées d’ailleurs, issues de deux auteurs posant pour l’un que ce qui y est supposé c’est le savoir (4) et pour l’autre que c’est le sujet (5).

– Mais encore, ceci, toujours introduit à partir du Sujet Supposé Savoir, que si le transfert, c’est de l’amour qui s’adresse au savoir (6), la popularité des trois S soutient doucettement la tendance à oublier que c’est le petit a qui fait gouverne à l’analyse (7).

A partir de ce point, deux autres ouvertures.

Celle-ci, de pousser la chose à considérer qu’alors, si le psychanalyse doit tenir la fonction de Tiresias, il ne peut s’en contenter et doit aussi proposer des mamelles, présence pour soutenir le processus analytique, ce qui induirait qu’il ne peut y avoir de psychanalyse par correspondance ou par téléphone sans faire abstraction du corrélat essentiel de la réalité sexuelle (8). Distinguo fait ici en passant entre transfert du savoir et transfert libidinal.

– Mais encore celle-là qui en découle, l’objet qui est en jeu entre l’analysant et l’analyste est un rien permettant d’avancer qu’il y a une anorexie impliquée dans la structure transférentielle (9)

Enfin, pour faire lien avec cette cette considération que je viens d’évoquer, cette dernière perspective posant que le transfert est le moyen par où s’interrompt la communication de l’inconscient, fermeture, et que, pour l’analyste, faire le choix de s’appuyer sur une entente conjuguée avec la partie saine du sujet pour estimer ce qui s’y passe revient à ignorer que c’est précisément là que se joue la fermeture et que le discours de l’Autre, de l’inconscient, qu’il s’agit de réaliser, n’est pas au-delà de la fermeture mais qu’il est au dehors et que c’est par la bouche de l’analyste que s’émet l’appel à sa réouverture (10). Et là, puisque vous aurez sans doute reconnu Lacan, je le cite ponctuant cet aspect de sa démonstration, Il n’en reste pas moins qu’il y a un paradoxe, à désigner dans ce mouvement de fermeture justement le moment initial où l’interprétation peut prendre sa portée. C’est ici aussi ce par quoi se révèle ce qu’on peut appeler la crise conceptuelle permanente qui existe dans l’analyse, concernant la façon dont il convient de concevoir la fonction du transfert. L’antinomie, la contradiction de sa fonction qui le fait saisir comme le point d’impact de la portée interprétative en ceci même que par rapport à l’inconscient, il est son moment de fermeture, voilà ce qui nécessite que nous le traitions comme ce qu’il est, à savoir comme nœud (11).

Je reviendrai à cette notion de nœud lors de la conclusion, mais en attendant c’est par elle que j’en viens maintenant à la partie concernant…

Le transfert entre analystes :

Vous avez pu remarquer que jusqu’à présent je n’ai cité que peu des auteurs sur lesquels je me suis appuyé au fil de mon propos. C’est un choix qui fait réponse à l’habitude d’un repérage avant coup, convenue donc, qui permet de travailler en fonction de l’orientation attendue d’un texte. Ce qui ne m’empêchera pas de placer les références dans la version écrite de mon intervention. Je fais rappel à ce propos de la revue L’ordinaire du psychanalyste (12) dont Lacan s’étonnait qu’elle marchait alors qu’avec le même principe disait il ce n’était pas le cas pour Scilicet (13).

Je souligne cela puisque concernant le transfert entre analystes dans un groupe, qu’il soit école, cartel, associations ou que sais-je encore, je ne vais évoquer qu’un écrit qui me semble sinon emblématique du moins représentatif de ce qui peut se dire aujourd’hui à ce sujet et ce sans citer le nom de son auteur. (14)

Je précise, je le dis moins emblématique, ce qui touche au signe, que représentatif, ce qui passe par le signifiant quand bien même, comme texte émis par la tête d’un groupe il s’avance avant tout comme un emblème pour ceux qui en font partie. C’est le problème…

…Un problème qui peut tout de même se transformer en questionnement, c’est l’essentiel, lorsqu’à la lecture du dit texte on constate que l’analyse la plus fine concernant les effets du transfert entre analystes n’échappe pas au piège de la ponctuation – retour au Japon du 9ème siècle, à l’inactuel donc – puisqu’alors, au terme de ce qui y est déroulé, le nous utilisé pour définir le groupe ralliant la bannière de l’auteur tenant la plume, désigne, disons, ceux qui savent tenir la seule vraie bonne place. Et puisqu’à bon entendeur planche de salut, et que je tiens à ce qui me reste de peau, il est à entendre, premièrement, que ceux-ci qui savent tenir la seule vraie bonne place sont une élite et, deuxièmement, que ce Nous n’est qu’un habillage du Je de l’auteur dans ce cas précis (15). Mais il en est vraisemblablement ainsi dans tous les cas. Ce qui nous ramène en passant à la notion, économique et donc politique, du narcissisme des petites différences.

Un point de ce texte a particulièrement retenu mon attention. Celui détaillant le fait que dans le transfert au sein du groupe analytique, le psychanalyste vient chercher ce que l’acte analytique ne peut accorder, en l’occurrence un minimum d’institutionnalisation. Il vient le chercher au regard de ce que pour l’analyste il ne soit pas aisé d’ek-sister par un dire de différences. Pour le coup chacun – pour soipourra se reconnaître. Et si effectivement l’une des parades établie pour y faire front est de parler une langue commune, nous savons bien que celle-ci fige et vitrifie les concepts et ne confère au psy du psychanalyste que la tonalité sans relief ni sans rebond du psi du psittacisme. Alors que, qui ne l’a éprouvé, au son du on s’comprend qui se complote au sein de la chapelle répond, impitoyable, l’écho du même langage, pas de langage En réponse inactuelle à quoi sans doute Freud, dans la science des rêves, avançait aussi déjà que le transfert (est) toujours pris dans le sens de transcription d’une langue dans une autre (16).

Pour en finir avec ce deuxième abord du thème du transfert en le raboutant avec le premier, je dirais qu’à l’instar du film de Luigi Comencini, L’incompris (17), il s’agit dans l’opération du transfert de supporter ce risque d’être incompris – de, pas pris à l’intérieur de, enfermé. Et à ce titre il se peut que le transfert soit une instance de l’incompréhension par laquelle l’espace de liberté acquis durant l’analyse puisse se définir ainsi par la suite, qui m’aime se suive.

Une conclusion :

Pour conclure je voudrais reprendre brièvement en deux points trois des termes que j’ai utilisé durant cette intervention.

1 – Le premier est le mot Rien.

La psychanalyse est une pratique qui pour désorientante qu’elle soit ni n’opère ni ne se transmet sans coordonnées précises. Il n’y manque rien, ce rien étant très précisément celui qui est pris dans le compte du m’anque. M’anque avec une apostrophe pour que par le pronominal s’y saisisse autant le réciproque – c’est à dire l’état d’incomplétude faisant point commun entre le sujet et le manque, que le réfléchi – c’est à dire le sujet qui est alors en même temps objet de son action.

A cette différence d’avec le réciproque et le réfléchi du « Je me lave », par exemple, qui ne doit pour cela pas manquer d’eau, que le m’anque, lui , ne doit pas manquer de Rien. Il s’agit donc, pour que son compte soit bon, d’opérer à partir de l’incomplétude apparente – à saisir en réalité comme interstitiel incompressible et nécessaire – Rien, représentation de l’objet dont se fondent puis se repèrent son et sa dynamique. Ainsi, faisant écho à l’inactualité du transfert comme étant son actualité dans l’actualité, Travaillez, prenez de la peine, c’est le m’anque qui manque le moins, pour s’éprouver à l’espace de la désorientation coordonnée accrochée au lieu du transfert par apostrophe. (18)

2- Les deuxième et troisième mots se disent ainsi, l’inouï du nœud.

– Commençons par le nœud dont Lacan disait du transfert qu’il devait être traité comme tel. Nous le savons, celui qui nous sollicite habituellement, le borroméen a pour propriété d’enserrer un espace. (19). Et bien l’espace enserré du transfert, c’est à dire défini par lui, est en ce qui me concerne un espace inouï.

Inouï – retour à nouveau sur le risque du poète japonais – devant moins être pris au sens de incroyable – quoique, ça va être à vous de considérer cela dans quelques instants – que dans celui que nous livre le Littré et plus précisément par la citation qui y est livrée pour illustration … Qu’on n’a pas ouï. Cette façon de parler est sans doute de quelque province de France ; car elle est inouïe à la cour, et même il ne me souvient pas de l’avoir ouï dire dans les villes, (Vaugelas, XVIIème siècle).

Or, certains d’entre vous le savent, il se trouve que je viens de m’installer en province, dans un bourg au creux de la nature environnante – au lieu de l’inouï donc – en grande partie pour avoir fait ce constat que la psychanalyse est citadine. Je vais faire court et je ne développerai pas ici ni les quelques réflexions qui s’imposeraient concernant ce qui origina le travail du baron Haussmann (20) – ce fou de l’axe – à Paris, ni celles que j’ai déjà développé dans un autre texte à propos du quasi exclusif citadin de l’analyse (21).

Alors, pour en finir avec le transfert, je gage que cette parole à la rencontre de laquelle je me figure aller me rendre, au lieu Autre de l’inouï dans l’espace du transfert, ainsi que la clinique qui s’en dégagera feront crédit à ce dont témoigne l’expression D’ailleurs… lorsqu’elle est mise en tête de phrase, valant alors pour preuve en est…

Au lieu du transfert, oui, ainsi disposé le transfert pourrait être un D’Ailleurs ! inscrit au frontispice du moindre espace de parole, permettant de supporter, sinon de comprendre (22), le différentiel qui sans cesse s’y actualise.

Jean-Thibaut Fouletier

Die/ TGV Valence-Paris, le 18/01/2021

(1) «Poèmes de tous les jours» de Makoto Ooka. Éditions Philippe Picquier 1999.

(2) Indépendamment des finesses de sa pensées autant que de leur redistribution et de la singularité de sa position, Serge Leclaire avait cette particularité d’être un analyste à l’écoute de son siècle, ce qui l’amena constamment à tenter de faire en sorte que ses contemporains touchent du sujet ce qu’était ce qu’il nommait l’art de la psychanalyse lequel se pratique selon son expression avec «le sabre en papier de la parole et de l’interprétation».

(3) «L’ombre de l’objet – Sur l’inactualité de la psychanalyse» de Marie Moscovici. Éditions Le Seuil 1989. Présentation.

(4) « Le transfert » Texte de Patrick Valas. 2010. Extrait: « A strictement parler, le transfert est un concept fondamental de la psychanalyse, pour autant qu’il est le sujet-supposé-savoir. Ce savoir supposé (car ce n’est pas le sujet), l’est à juste titre supposé à l’analysant, par l’analyste. Car qui pourrait croire que le psychanalyste sache quoique ce soit à l’avance de la vérité de celui qui viendrait lui demander une analyse ?» 

(5) «Le transfert après, l’embarras du collectif» Texte de Colette Soler. Extrait: «Si on parle de l’École telle que Lacan l’a conçue, on lira que le transfert, soit le rapport au sujet supposé, est constituant de l’École.»

(6) Jacques Lacan, Introduction à l’édition allemande des Écrits. Scilicet 5.

(7) Jacques-Alain Miller , « Le transfert négatif ». Éditions Paris, Navarin / Seuil, 2005.

(8) Jacques Lacan, « Le Séminaire, livre XI », Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1963-1964. Jacques-Alain Miller, «Le transfert négatif». Éditions Paris, Navarin / Seuil, 2005.

(9) Jacques-Alain Miller, « Come iniziano le analisi », La Cause freudienne, 1995.

(10) Jacques Lacan, « Le Séminaire, livre XI », Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1963-1964.

(11) Jacques Lacan, « Le Séminaire, livre XI », Les Quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1963-1964.

(12) Présentation de la revue « L’ordinaire du psychanalyste » par l’une de ses fondatrices, Radmila Zygouris : « L’Ordinaire du Psychanalyste est une revue qui a été fondée en 1973 par Francis Hofstein et moi-même, alors que nous étions tous deux membres de l’École Freudienne de Paris. Elle a une valeur à la fois sentimentale et historique : après avoir averti Jacques Lacan, directeur de l’École Freudienne, de notre projet de publications non signées, nous nous sommes lancés dans l’aventure qui allait au-delà de l’anonymat de la revue Scilicet que dirigeait Jacques Lacan lui-même. Le dogmatisme avait déjà commencé à régner et la course au meilleur élève de Lacan était telle que s’est imposée à nous la nécessité de donner la parole, une parole libre et parfois naïve, à tous ceux qui souffraient de l’orthodoxie, ce qui n’a été possible que grâce à la non signature des textes. La plupart de ceux qui ont écrit ont pu, après-coup, assumer le contenu de leurs écrits. Non seulement les textes n’étaient pas signés, mais il n’y avait pas de directeur de publication, seul le prénom de Freud, Sigismond, apparaissait à ce titre. Aucune censure et aucune sélection n’avaient lieu, à l’exception du refus de textes calomniant nommément une personne. Il y a eu du meilleur et du pire. Malheureusement, nous n’avons pas pu faire rééditer l’ensemble des textes, et la revue est aujourd’hui introuvable. Francis Hofstein et moi-même avons décidé de mettre un terme à l’aventure au moment où une crise s’ébauchait à l’intérieur de l’École Freudienne et où on ne pouvait plus entrer dans la bataille qu’à visage découvert. »

(13) Jacques Lacan commente la naissance de « Scilicet » dans un entretien avec R. Higgins paru dans Le Monde du 16 mars 1968.

(14) Il s’agit de Colette Soler.

(15) Conclusion du texte de Colette Soler « Le transfert après, l’embarras du collectif »: « Il y a bien sûr d’autres facteurs dans notre difficulté avec l’époque. C’est que la psychanalyse, qui fut un séisme dans la science selon Lacan car elle ramenait la considération de ce que la science exclut, à savoir l’objet impensable qui divise le savoir du sexe, n’est plus un séisme mais subit un séisme. Elle est maintenant bien loin d’être porteuse d’un séisme, en butte aux postulats organicistes, les progrès scientifiques ayant élevé la biologie au statut de nouveau sujet supposé savoir de l’humain, lequel a toutes les sympathies du capitalisme car il fait promesse d’un contrôle plus strict des individus. Nous ne pouvons rien à ce facteur en tant qu’analyste, seul le discours que nous tenons est de notre responsabilité. Responsabilité éthique sans doute, mais elle ne va pas jusqu’au pouvoir, car le nous que j’évoque ici n’est qu’une toute petite partie du monde de la psychanalyse, même lacanienne. »

Pouvoir et territoire restreint par quoi je dis qu’ici – comme tout du long de son intervention – la plume dont elle se sert est au servir de sa prévenance (!) censée calfeutrer à nos regard l’élection de son lieu. A savoir, comme Bonaparte non empereur à Saint-Hélène, Soler institutrice de son écolette.

(16) L’Interprétation des rêves, chapitre VI, « Le travail du rêve ».

(17) Extrait de la critique de Antoine Royer dans dvdclassiq.com: « (…) Il est encore un enfant, il doit réagir comme un adulte, et même le cadre semble alors ne pas savoir comment le considérer ! Il est une séquence, l’une des plus belles du film, qui traduit idéalement ce passage forcé vers l’âge adulte qu’Andrea doit emprunter : celle chez le marchand florentin de magnétophones. Ayant malencontreusement effacé la bande magnétique sur laquelle il avait retrouvé la voix de sa défunte mère, Andrea va voir ce vieil homme qui lui explique qu’il ne peut pas retrouver quelque chose qui a disparu, et qui, pour le consoler, lui fera boire son premier verre de cognac. A cet instant, Andrea prend conscience de l’irréversibilité des choses – c’est même peut-être la première fois qu’il réalise ce que signifie concrètement l’idée de mort – et symboliquement, l’alcool joue son rôle de liquide baptismal : dans la séquence qui suit, l’oncle Will lui parle d’ailleurs d’égal à égal, en évoquant la solidarité des alcooliques et leur droit inaliénable à la cuite. (…) ».

(18) Extrait du texte « Palette » de J-T Fouletier.

(19) Je signale en passant que sur un bout de papier l’ inscription du nœud borroméen et celle des trois S du Sujet Supposé Savoir peuvent se superposer.

(20) La campagne menée par Haussmann pour la transformation de Paris fut nommée «Paris embellie, Paris agrandie, Paris assainie». 30770 maisons sont recensées à Paris en 1850 et 18000 seront démolies entre 1852 et 1868. Haussmann avançaient trois points majeurs pour justifier son entreprise. Premièrement, faisant échos aux théorie hygiénistes, il s’agissait entre autres choses d’assainir l’air et l’eau. Pas assez visionnaire néanmoins pour prévoir et empêcher l’obligation du port du masque. Deuxièmement, prévenir et contingenter les révoltes ouvrières en restructurant l’espace, idées reprise – par exemple – régulièrement par la RATP pour rendre inconfortables les stations de métro au SDF et par la ville de Paris à travers le réaménagement de certains jardins pour forcer l’orientation du mouvement de ceux qui s’y rendent, leur jouissance donc. Enfin, troisièmement, entériner la cherté des loyers et des vivres pour prévenir Paris de l’invasion des ouvriers de province. Actualité…

(21) Texte : «Impressions depuis la lecture de deux textes de Sigmund Freud et de Ginette Raimbault» de JTFouletier à lire ici fin février 2021.

(22) «Comprendre c’est mettre une couverture sur le corps» – JTFouletier