Pétitions (extrait du texte « Le mystère étoilé)

 

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Les lignes qui suivent sont extraites du texte « Le mystère étoilé ». Celui-ci, que j’ai commencé à écrire en juin 2018,  a pour sujet, mettons, une lecture de l’avenir de la psychanalyse tel qu’il nous est proposé par deux courants que je relève à ma sauce, celui des « pétitionnaires » et celui des « vieux de la vieille ». Catégorisation qui n’est pas généralisation mais qui recoupe sous les vocables que j’utilise ici des positions qui sont d’autant plus repérables et à repérer qu’elles paraissent agir ceux qui y font montre d’engagement. Gérard Pommier illustre dans mon texte la posture du « vieux de la vieille ». Il se trouve qu’aujourd’hui il rejoint également celle du pétitionnaire. C’est ce registre dont il est question dans la brève extraction que je vous propose.

 

Pétitions

(…)

De frontière il est sans cesse question quand il s’agit de pétition. On peut considérer qu’il y aurait celle qui apparait du fait de la pétition plaçant de part et d’autre de sa ligne les pétitionnaires en tant que marquant leur opinion de ceux qui ne la partagent pas. Là où cela se corse, ou bien s’éclaire, c’est selon, c’est que cette ligne désigne indifféremment du côté de son infranchi et ceux qui n’adhèrent pas à la posture des signataires et ceux qui y adhèrent mais n’ont pas signés.

C’est par le biais de ces derniers que nous toucherons au point qui nous intéresse. Eux ont toutes les bonnes raisons de ne pas avoir signé tout en étant d’accord. Mais ils n’ont pas signé. C’est l’acte. Partant, la logique permet d’affirmer que ceux qui ont signé peuvent être considérés comme n’étant eux non plus pas forcément univoques dans leur motivation, ou, pour le dire autrement, comme n’envisageant pas de point aveugle à leur engagement. C’est l’impassable imaginé habillé en impossible acté. Ils collent à la chose, qualité indiscutable à leurs yeux engagés et, bien entendu, expressément aveuglante pour des yeux décillés…

L’art d’enfoncer les portes ouvertes comme je viens de le faire a au moins deux avantages. Le premier est de savoir apprendre à tomber et le second, son corollaire, de passer de l’état de mordre la poussière après le coup d’épaule dans le vide, à celui d’apprendre à savoir lire ce qui de cette poussière peut en être lu. Autant par ce qui s’y inscrit que par ce qu’elle recouvre.

La pétition est la partition où ce qui se joue ne donne pas le la mais se donne du qui tente de s’en escamoter pour au final ne cesser d’apparaître, un par un, au rythme de ce que chaque signature de la pétition scande. A savoir le ratage par la non rature de ce qui s’y colle pour n’agréger qu’à ce que soutient sa tonalité, la ré-pétition.

La promotion ou le soutien de telle ou telle cause via la pétition au nom de la psychanalyse, et parfois même, en sus, pour la « défendre », est un pulsatile faisant s(o)igne. Miroitement aux alouettes où se joue le drame de l’adaptation qui justifie de toujours la biffure de soi. Celle-ci est d’autant plus térébrante que les alouettes qui s’y font prendre n’auront même plus, contrairement aux tenants du couteau de Lichtenberg, en guise de défense, fut-elle inéthique, leur ignorance calfeutrée par le semblant du nom, puisqu’elles auront également fait dépôt du leur.

Non, la biffure dont il s’agit ne concernera jamais, malgré l’élan moral de leur vœux factice, l’objet au motif de leur engagement, mais seulement le trait apposé sur ce sujet qu’ils pensaient pouvoir dompter en se donnant la contenance du désir habillé en vœu pieux. Stratagème éculé qu’ils estiment toutefois suffisant pour pouvoir, ce sujet, le découvrir bien barré.

Partant, la biffure de la barre du sujet n’ayant pas cette propriété mathématique de rendre le plus après le rapport de deux moins, s’en suit une inscription qui, de faire écho, réponse, au désir d’affinité et de sympathie que ces signataires auront adressé en gage de leur bonne foi à qui voulait les entendre – pas de salut pour ces entendeurs là… -, verra en retour sa trace s’estomper du fait même de ce que cet écho et ce vœu avaient de factice.

Mal barré donc et ce fait sera rendu par la propriété qui qualifie et fait la renommée de l’encre avec lequel ils auront signé, le sympathique.

(…)

Jean-Thibaut Fouletier Paris, le 15 09 2018