Le miel de Babylab

J’ai transmis le texte qui suit à certains parents de l’école maternelle concernée. Il est téléchargeable en format Pdf. A la suite de cet écrit vous trouverez le document « Babylab » transmis aux parents le matin dans la classe.

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FAIRE SON MIEL

Réponse à la sollicitation de Babylab

Voilà plusieurs années que le Babylab me sollicite, via un formulaire distribué à tous les parents par la maîtresse, pour que l’un de mes enfants participe à un programme des études à l’école maternelle.

Je ne le souhaite pas et je vais ici motiver mon refus sans en développer trop longuement les motifs puisque je ne cesse de le faire par ailleurs à travers mes divers engagements professionnels ainsi que dans ce qui fait le corps de plusieurs de mes écrits.

Je rebondis sur ce terme, « engagement », pour poser qu’il s’agit en permanence de se questionner sur ce qui dans l’engagement est mis en gage.

Le sujet, bien entendu, celui qui en trois temps d’Éducation Nationale a été effacé au profit de l’objet. Le premier temps aura été celui de la composition où un sujet disposait d’objets, les outils de la connaissance mis à sa disposition, pour composer avec la réalité. Le deuxième temps fut celui d’un premier glissement sémantique par lequel la composition devint contrôle, pour enfin arriver au temps, le troisième, de l’évaluation où le sujet, l’enfant – il s’agit donc de le rappeler – est devenu l’objet à calibrer.

Petite, moyenne et grande section, enfants – objets placés devant des écrans pour réagir à des images et des mots. La prérogative de faire état du rapport liant les uns aux autres revenant au scientifique.

Qui pourrait alors avoir l’idée saugrenue de s’interroger à ce propos puisque les écrans et les injonctions, sous l’égide d’une science bienveillante, sont le lot du quotidien professionnel des parents ?

Bienveillante, terme-onguent très en vogue repris à dessein pour souligner que le moindre endormissement de la pensée s’accompagne toujours de la poudre de perlimpinpin sémantique du moment.

Ainsi, non pas « Dormez, la science veille pour vous », mais  » La scientificité veille à ce que vous dormiez, selon votre désir – auquel elle n’a pas accès, pour s’imaginer elle-même être hors champs de ce sommeil ». C’est son désir.

Je le répète, je ne présente aujourd’hui que des raccourcis de ce que je soutiens par ailleurs. En voici donc un dernier pour accès à ce qui fait lien, frontière et différentiel autant, entre ce que je dis être l’engagement et le sommeil. Alors, donc, cette petite abeille, si sympathique, celle qui fait office de représentation du programme Babylab, qui ne sait que si sa bouche est ouverte… elle n’a pas de langage ?

C’est ainsi que le code – scientifique et animal – à travers lequel elle désigne aux membres de la ruche le lieu de son objet, la fleur à butiner, fait écho, autant assourdissant qu’étouffé, à la pointe comique du tragique proposé par le dernier item présenté, « Etude sur la façon dont les enfants apprennent à raisonner comme les adultes ».

Et puisque le code n’a pas de sujet, la question devient Pour qui résonne le glas…?

Question qui peut également être posée en ces termes, qu’adviendra-t il d’enfants considérés par des adultes qui eux-mêmes ne s’envisagent pas une seconde être absents de leur propre raisonnement ? Je précise, des adultes, pour reprendre cette terminologie irréfléchie et inconsistante, des adultes donc, qui parent leur absence en tant que sujet du langage au moyen de l’alibi traditionnel du scientifique, la visée objective; sans sujet donc.

Le seul objectif du blanc seing accordé à la scientificité est de dénier le sujet du langage et les deux bornes de ce programme sont, d’une part, des « adultes » qui refusent d’apparaitre en tant que sujets et, d’autre part, des abeilles, chers enfants, avenir de l’humanité, qui disparaissent…en souriant.

Entre les deux, gît un sommeil aphone, mielleux et éternel qui ne sied pas à l’art guerrier du poète.

Jean-Thibaut Fouletier

Paris, le 09/05/2109

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