La sieste au soleil

Ce texte accompagne le tableau « Beau lieu » qui se trouve à la rubrique « Toiles« .

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En été, dans le Diois, la Drôme est une parfaite petite rivière qui se borde de plages de galets que l’on retrouve aussi en îlots tout du long de son cours. Des eaux calmes de peu de fonds, de vastes distances où un courant peu aventurier porte les kayaks qui se faufilent, ou non, entre les grosses pierres cousinant avec de plus petites amenées par des mains amies afin de faire ici un simili barrage et là une piscine pataugeoire auprès des berges où jouent les enfants sous les yeux paresseux de leurs parents, lesquels, paupières semi fermées, prennent des faux airs de crocodiles tanzaniens guettant le gnou lors de sa migration. Des restes de fêtes nocturnes, des tentes, campements ponctuels de zonards estivaux, les monts environnants qui veillent aux grains et qui les annoncent encapuchonnés de moumoutes nuageuses, les campings de circonstances, le son de l’eau, les voltes des guêpes, bien d’autres choses…et autre chose.

 

Autre chose c’est un chemin, à ne pas prendre en direction de la piscine municipale mais à suivre d’un biais qui vous mènera par le bout des sens jusqu’à l’empire qui les saisit. Un petit chemin qui pas à pas prend la tournure de vous porter de jaunes et d’orangés, de fleurs aux teintes violettes et mauves et mordorées, des verts de tiges folles au gris pins parasols, les odeurs ravivant les sons et les images, bruissements du corps qui vole et s’en revient des rêves de minuit pour se couler aux siestes de midi. Les frontières s’ouvrent d’un pays où les chats agrégés s’alanguissent à l’ombre de tournesols, aux pieds desquels les potirons font couilles Rabelaisiennes, tournesols comme autant de soleils attirant le soleil qui descendrait sur terre pour y pouvoir gratter son coin de paradis. Un cheval et un âne, des chevaux, des ânes et un poulailler puant comme il se doit et tant et tant que les mouches en gardent pour elles le secret et n’en pipent mot à leur seigneur Belzébuth, des roses trémières accomplies, de petites rigoles fonctionnaires qui hébergent une eau toute dévouée, caressée par des cheveux d’herbe un peu soixante-huitards qui cohabitent avec des coupes d’herbes, rases ou bien tondues rares ou bien touffues.

Des parcelles de terre par dizaines qui livrent le profil de tous ceux qui les vivent, les tirées au cordeau, les toujours en travaux, les à thème, les plantées, les à la va comme j’te pousse, les mal fagotées, les ciselées, les presque habitées, les surchargées, les autonomes, les proprettes, les du dimanche, les pas là pour rigoler, les disposées, les fermées, les ouvertes, les amicales, les avec un mas, les encore et encore et tant et tant. Toutes sont aimées et investies, offertes à ceux qui s’y frottent sans sens interdits.

Je suis passé devant celle-ci, l’ai dépassée, me suis arrêté, y suis revenu. Et j’ai vu…

Bon Jour

 

Au bord du bord de la rivière,

A l’ombre belle du portail d’or,

Au creux livré de l’indolence

De pétales fol marivaudeurs,

Couché sur tapis d’aquarherbes,

S’en somnolait l’ami soleil.

 

Dors bien mon chaleureux,

Et bon jour.

JTF, Paris, le 8 mars2012