Down under (il joue à pierre fendre)

 

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(Ce texte accompagne la toile « Down under », cf. catégorie Peintures)

 

« Down Under » (1), ainsi ai-je titré cette toile en vertu de ce qu’elle représente bien sûr mais aussi en hommage à un groupe australien des années 80 « Men at work » (1) et particulièrement à son chanteur Colin Hay dont l’une des interviews m’avait fait me dire à l’époque que ce devait être un plaisir d’échanger avec lui.

Un « Sans dessus dessous « donc qui vient très justement et sans chaos délétère retranscrire la spatialisation de trois formes oblongues ajustées de telle sorte qu’en termes de haut et bas ainsi que dessus et dessous aucune ne prévale absolument sur les deux autres.

Comme toujours le point saillant n’est pas que l’idée soit bonne, amusante ou intéressante mais que j’ai pu la saisir au fur et à mesure de la réalisation de mon travail. « Men at work... », mais aussi en vacances, un mois après la fin de ce travail, en bord de Drôme où l’eau s’écoule de telle façon qu’elle semble prendre le temps à son compte. Libre à chacun alors de se glisser dans son lit à la rencontre de ses trésors. Voici le mien cet été là.

La découverte d’une pierre de la taille d’une paume de main et d’un peu moins d’un centimètre d’épaisseur. Aucune veine particulière ni coloration rare ni forme suggestive pour justifier sa mise en ma besace et son rapatriement à Paris. Aucune de ces singularités habituelles justifiant le lot de galets dont je dispose chez moi.

Et pour dire, et pourtant, celle de n’être plus tout à fait une à elle-même.

« Est-ce Dieu est-ce Diable, vraiment je ne sais pas«  (2), peut-être bien Serval (3) entre les deux, mais en tous cas la petite pierre banale et sans relief avait reçu une marque unique et sans retour, celle d’un coup de griffes l’ayant fendue dans le sens du plat, en trois parties d’égales épaisseurs. Coïncidence de ma toile à la pierre. Mais à bien y regarder, rien de plus que la réalité qui de toujours ne se relève et ne se chauffe qu’au bois flottant de ce qui co-incide.

C’est la malice de Lapalisse. Facilité qui n’empêche la métaphysique du poète et celle du physicien d’avoir parfois du mal à cohabiter ou trop de facilité à s’agencer l’une l’autre, c’est selon. Ainsi, de Mallarmé, « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard« , à Einstein, « Dieu ne joue pas aux dés« , la ligne est ténue qui mène au Réel. (4)

Alors, aux dés, peut-être y joue-t-Il et, par hasard, non aboli, en ai-je de ce Réel, d’un coup de pierre jouée, dégoté la démarque.

JTF, Paris, février 2013

 

(1) Down under : Expression anglaise signifiant « Sans dessus dessous ». Titre d’une chanson du groupe « Men at work », à traduire par « Hommes au travail », expression inscrite sur les panneaux des chantiers. Down under (Men at work) : https://www.youtube.com/watch?v=cRyKCJUXehM

(2) Paroles extraites de la chanson « Chapeau bas » de Barbara. : https://www.youtube.com/watch?v=5cPIFHBuU5k

(3) Serval, aussi appelé Wolverine, est l’un des personnages de la bande dessinée X-Men.

(4) Réel : « …l’impossible c’est le Réel, tout simplement, le Réel pur, la définition du possible exigeant toujours une première symbolisation : si vous excluez cette symbolisation, elle vous apparaîtra beaucoup plus naturelle, cette formule de l’impossible, c’est le Réel. » (J.Lacan)